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Michel Beaudry, ce mononcle boboche

Résumé amuse-gueule : Je n’aime pas le chroniqueur Michel Beaudry du Journal de Montréal, ses « blagues » sont souvent dénigrantes envers les femmes. Une fois il a raconté dans une de ses chroniques comment il aurait aimé agresser sexuellement une militante Femen. J’ai porté plainte au Conseil de Presse, il a été sévèrement blâmé. Aucune excuse ni explication du Journal de Montréal ou de l’auteur. Aucune dissociation non plus de la part de Ekuus, une organisation censée venir en aide aux adolescentes victimes d’agression sexuelle, dont Beaudry est administrateur!

Vous débutez ce billet de blogue et je ne sais toujours pas si je l’ai bien titré. Mononcle boboche me semble correct, juste assez malveillant, mais poli. J’ai failli pencher vers Vieux con, honneur à Brassens. Ou bien Ptit vite néanmoins abruti. M’enfin, continuons.

Connaissez-vous Michel Beaudry, chroniqueur au Journal de Montréal? Je l’ai découvert en octobre 2013, et depuis je remarque qu’il a une place de choix dans la version papier, souvent en page 4. Il tient une chronique humoristique, paraît-il… pourtant, la plupart du temps il n’est pas drôle. C’est un drôle de bonhomme, ça oui! Je lui reconnais des textes vides, souvent du même créneau – hockey, golf, tondeuse…

Mais aussi :

Pour elle, le gardien du Canadien c’est Club Price et le député de Saint-Jérôme, c’est PFK. Pas loin quand même! (9 mai)

La femme la plus belle et la plus intelligente, c’est ma blonde qui est assise derrière moi lisant ce que j’écris. (10 mai)

Sur une affiche dans un marché français: « Les femmes qui tâteront les fruits et légumes subiront le même sort. » (13 mai)

Ça fait longtemps qu’on n’a pas entendu ronronner la chatte de la laïcité. (14 mai)

Pour éviter l’achat d’une minivan, le moyen le plus sûr est l’utilisation du condom. (17 mai)

Aujourd’hui, non seulement les enfants vous disent qu’ils ont vu Maman embrasser le Père Noël, mais, en plus, ils l’ont en photo. Papa a intérêt à être distant avec la Fée des Étoiles. (20 mai)

Boxe ce soir, hockey demain et Manon lundi. (24 mai)

« Faire le mort fonctionne probablement juste avec un ours » – un gars qui vient de se faire pogner par sa femme avec une fille dans son lit (27 mai)

Quand il a avoué à sa femme qu’il avait eu une aventure avec une fille du Nunavut, elle a trouvé qu’il était allé un peu loin. (16 mai)

Ce genre de vieux cochon, bref. Ces phrases, toutes publiées dans le Journal de Montréal au cours du dernier mois (et je vous épargne le reste – dont ce qu’il a dit sur Eugénie Bouchard début juin), renvoient ces messages : la place des femmes est à l’épicerie ou dans la coquetterie davantage que dans les milieux sportif ou politique, les femmes sont subordonnées à l’homme intelligent, molester des femmes c’est correct et drôle, pour un homme une femme peut et doit attendre la fin des soirées sportives, c’est banal qu’un homme soit infidèle à sa compagne. C’est une analyse express et bien modeste, mais c’est réellement une réduction à leur plus simple expression des propos de Michel Beaudry.

Et comme l’homme qui aurait eu une aventure avec une fille du Nunavut, il arrive à Michel Beaudry d’aller trop loin – encore plus que d’habitude, je veux dire. Comme cette fois en octobre 2013 où il avait tout bonnement raconté comment il s’y serait pris pour agresser une des Femens ayant fait un coup d’éclat à l’Assemblée nationale en lien avec le projet de Charte des valeurs. Rapporté et dénoncé par le blogueur Mathieu Charlebois, la chronique de 291 mots intitulée Stratégie avait été retirée du site, sans excuse ni explication.

Des rétractations auraient pourtant été de mise, car le texte correspondait tout à fait à la définition d’une agression sexuelle : un geste à caractère sexuel commis par un individu sans le consentement de la personne visée avec pour objectif d’assujettir une autre personne à ses propres désirs par un abus de pouvoir, par l’utilisation de la force ou de la contrainte.

Saisie d'écran de la chronique sur le site Web du journaldemontreal.com

Extrait du journaldemontreal.com saisi par Mathieu Charlebois - texte aussi paru en version papier

Ce qu’on n’a pas pu lire dans cette saisie d’écran qui fut abondamment diffusée, ce sont les grossièretés que Michel Beaudry y a ajoutées pour la version intégrale de sa chronique, publiée dans le journal papier :

Je vous le dis, elles vont revenir. Ne touchez pas au crucifix, c’est l’appât.

Avis aux Femen: j’ai un crucifix dans ma chambre.

C’est la première fois que j’utilise une image de l’Assemblée nationale comme fond d’écran.

Pendant qu’Internet s’indignait et que Michel Beaudry s’assumait en tant que pervers, j’ai porté plainte au Conseil de Presse du Québec. Je ne le savais pas à l’époque, mais un concitoyen a fait la même chose; nous étions donc co-plaignants contre le chroniqueur et son rédacteur en chef, Dany Doucet. Dans la décision D2013-10-042 du 2 mai 2014, le Conseil de Presse nous donnait raison sur toute la ligne :

Il ne fait aucun doute, aux yeux du Conseil, que le fantasme que décrit le chroniqueur est assimilable à une agression sexuelle : on peut difficilement interpréter autrement le fait d’exprimer le désir de profiter de l’arrestation d’une femme pour lui faire des attouchements sexuels. Banaliser un tel geste, comme le fait le chroniqueur [...], est extrêmement irresponsable, et ne saurait être excusé sous prétexte qu’il s’agissait d’un texte humoristique. Le Conseil considère que le chroniqueur a outrepassé les limites permises à la liberté d’expression.

Ce tribunal d’honneur des médias a donc condamné Michel Beaudry pour atteinte à la dignité humaine. Dans un communiqué public diffusé récemment, le Conseil de Presse souligne qu’un blâme sévère est chose rare dans ses décisions, mais que dans ce dossier il fut décidé à l’unanimité de dénoncer sans détour un tel discours, « indigne de la profession journalistique ». Le Conseil blâme aussi le Journal de Montréal pour son manque de collaboration dans le processus, mais ce n’est rien de nouveau, Quebecor ayant claqué la porte de l’organisme à l’été 2010. Quebecor peut bien se foutre de sa médiocrité, sa toujours actuelle formule sexe-sang-sport mise en place par Péladeau Père vend depuis plusieurs décennies en attirant un lectorat engourdi qui consomme autant de titres sensationnalistes que de publicités. Gonfler des actualités, en occulter d’autres, présenter tout le reste à travers des textes d’opinions.

Et ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants? Non, ce n’est pas tout. Car mis à part le fait que Beaudry continue d’être hautement méprisable dans presque tous ses torchons, mis à part qu’il n’y a eu aucun mea culpa au sujet de cette triste parution faisant l’apologie d’une agression sexuelle, eh bien il y a une chose qui m’agace encore particulièrement.

Michel Beaudry est administrateur d’une fondation qui vient en aide aux adolescentes victimes d’agressions sexuelles.

Ekuus offre de la zoothérapie équestre pour les jeunes survivantes d’agressions sexuelles (je précise que plusieurs organismes de femmes m’ont affirmé ne jamais en avoir entendu parler, et je n’en sais moi-même pas grand chose). En octobre 2013 j’avais interpellé l’organisme, voulant connaître l’opinion de la fondatrice et savoir si son collègue avait compromis sa place d’officier-secrétaire au conseil d’administration. C’est Nathalie Boutin elle-même, présidente et fondatrice, qui m’a répondu. Dans son courriel, dans lequel elle prend la défense de son camarade Michel, elle commençait par me dire que les Femens ont une manière de faire bien discutable, car elles troublent l’ordre public et sèment l’inconfort – et ça, c’est du bonbon à humoristes. Elle poursuivait en me disant que les agressions sexuelles n’ont rien de bien glamour dans les médias : « Est ce qu’il faut que Michel parle de toucher des seins dans une colonne humoristique pour qu’on puisse aborder le sujet? »

Indiquant que la place de Michel Beaudry à la Fondation Ekuus n’est pas compromise, elle a complimenté son implication et ses convictions. « Ceux qui jettent des pierres à Michel, seraient-ils prêts à s’impliquer au moins autant que Michel pour aider les jeunes qui ont été victimes d’agressions sexuelles? [...] Ça donnerait des vrais résultats mesurables », m’écrivait-elle en faisant abstraction du fait que la plupart des personnes ayant dénoncé le mononcle boboche étaient des militantes féministes et des jeunes alertes politiquement.

J’ai réécrit récemment à Nathalie Boutin pour avoir son appréciation concernant le jugement du Conseil de Presse, malgré ce qu’elle-même m’avait répondu plusieurs mois auparavant… silence radio de sa part. Je ne lui ai pas demandé son avis sur les propos souvent machistes de Michel Beaudry, son silence aurait probablement été doublement retentissant. J’imagine qu’elle est agacée, et c’est normal. Peut-être aussi que ça met Ekuus dans l’embarras, ou que ça brouille certaines de ses relations.

Fort dommage.

Fort dommage parce que de tels commentaires sont largement diffusés par des journaux qui visent le profit avant le bien-être et qui, pour ce faire, priorisent la doxa à l’information. Fort dommage parce que cette irresponsabilité ne semble pas être sur le point d’être arrêtée – que ce soit des petites phrases comme celles ci-haut ou une chronique complet, ça va continuer d’arriver, par Beaudry ou par d’autres véreux. Fort dommage parce que l’humour et la liberté d’expression sont trop souvent de purs camouflages pour des propos désaxés. Fort dommage parce que pendant ce temps, et notamment à cause de cela, le sort des femmes ne s’améliore pas et la violence sexuelle frappe toujours.


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Le jeu de la famille Tartempion

Ma mère et moi venons de retrouver une feuille sur laquelle sont inscrites les règles et la narration d’un jeux hilarant – nous y avions joué lors d’une veillée du temps des Fêtes il y a quelques années. En disant à ma mère de jeter cette vieille photocopie et que j’allais lui trouver ledit jeu sur Internet, j’ai rapidement réalisé qu’en fait il ne s’y trouvait pas. Nous l’avons alors retranscrit, pour la pérennité et le plaisir d’éventuels nostalgiques, et c’est sur ce vieux blogue poussiéreux que je le dépose. À essayer à tout prix en famille ou en gang d’ami-es : recommandation personnelle, rires assurés! Vous remarquerez que j’offre une alternative moins sexiste à l’histoire traditionnelle… à vous de choisir avec laquelle vous jouerez.


Matériel

Aucun sauf que chaque personne ait une place assise.

Instructions

Chaque personne représente un personnage. Lorsqu’il est mentionné au cours de l’histoire, il se lève, fait un tour sur lui-même et se rassoit. Lorsque c’est la famille Tartempion qui est mentionnée, tout le monde se lève et tourne (3).

Personnages

  • Papa Tartempion (10/9)
  • Maman Tartempion (9/10)
  • Grand-papa Tartempion (8)
  • Grand-maman Tartempion (8)
  • Ti-Jean (6)
  • Les jumeaux (7)
  • Bébé (5)
  • Marguerite (5/6)
  • Simon (6/5)
  • Blanche (5)
  • Merlin (10)
  • Pinpin (10)
  • Charrette (16)
  • Portefeuille (5)
  • Maison (9)

J’inscris entre parenthèses le nombre de fois qu’un personnage est impliqué au cours du jeu, l’hôte ou l’hôtesse du jeu pourra ainsi attribuer les rôles selon les capacités physiques de chaque personne. Notez que vous pouvez jouer sans que tous les rôles soient attribués – ce sera juste un peu moins mouvementé!

Histoire (version traditionnelle)

Un jour, papa Tartempion dit à maman Tartempion : « Pourquoi n’attelons-nous pas Merlin et Pinpin à la charrette et n’allons-nous pas passer la journée chez grand-maman et grand-papa Tartempion? » Maman Tartempion dit : « D’accord! » Elle s’occupe de Ti-Jean et de Simon et de Marguerite et de Blanche et des jumeaux et de bébé Tartempion pour qu’ils soient prêts à temps, pendant que papa Tartempion attelle Merlin et Pinpin à la charrette pour que toute la famille puisse aller à la maison de grand-maman et grand-papa Tartempion.

Alors papa Tartempion conduit la charrette, tirée par Merlin et Pinpin devant la maison, et Ti-Jean et Simon et Marguerite et Blanche et les jumeaux courent à la charrette et y montent. Puis maman sort le bébé et monte dans la charrette. Alors papa Tartempion fait avancer Merlin et Pinpin et la charrette et prend le chemin de la maison de grand-papa et de grand-maman Tartempion. Mais dans sa course, maman Tartempion a oublié son portefeuille! Alors papa Tartempion fait arrêter Merlin et Pinpin et la charrette et court vers la maison pour chercher le portefeuille de maman Tartempion. Il trouve rapidement le portefeuille de maman Tartempion et retourne dans la charrette en courant.

Papa fait avancer Merlin et Pinpin et la charrette tellement vite que les jumeaux tombent de la charrette, et Marguerite et Blanche crient et maman Tartempion crie et le bébé pleure et papa Tartempion fait arrêter Merlin et Pinpin et la charrette et envoie Simon et Ti-Jean près de la maison, là où les jumeaux sont assis.

Simon et Ti-Jean font courir les jumeaux et les font monter dans la charrette. Alors papa Tartempion fait repartir Merlin et Pinpin et la charrette et ils reprennent le chemin de la maison de grand-papa et grand-maman Tartempion.

Quand ils arrivent, Simon et Ti-Jean et Marguerite et Blanche et les jumeaux descendent de la charrette, puis maman Tartempion, avec le bébé sur un bras et le portefeuille dans l’autre, descend, pendant que grand-maman et grand-papa Tartempion sortent de la maison en courant pour venir les accueillir. Grand-papa Tartempion aide papa Tartempion à dételer Merlin et Pinpin de la charrette. Maman Tartempion suit avec grand-maman Tartempion le chemin qui mène à la maison en emportant le bébé et le portefeuille, et Simon et Ti-Jean et Marguerite et Blanche Tartempion courent vers la maison avec les jumeaux qui les suivent.

Alors quand grand-papa et papa Tartempion reviennent après avoir dételé Merlin et Pinpin de la charrette, grand-maman Tartempion ayant préparé le repas, toute la famille Tartempion passe un agréable moment au repas chez grand-papa et grand-maman Tartempion. Et c’est la fin d’un jour parfait pour tous ces joyeux lurons de la famille Tartempion!

Histoire (version moins sexiste)

Un jour, maman Tartempion dit à papa Tartempion : « Pourquoi n’attelons-nous pas Merlin et Pinpin à la charrette et n’allons-nous pas passer la journée chez grand-maman et grand-papa Tartempion? » Papa Tartempion trouve l’idée excellente et s’occupe de Ti-Jean et de Simon et de Marguerite et de Blanche et des jumeaux et de bébé Tartempion pour qu’ils soient prêts et prêtes à temps, pendant que maman Tartempion attelle Merlin et Pinpin à la charrette pour que toute la famille puisse aller à la maison de grand-maman et grand-papa Tartempion.

Maman Tartempion conduit la charrette, tirée par Merlin et Pinpin devant la maison, et Ti-Jean et Simon et Marguerite et Blanche et les jumeaux courent à la charrette et y montent. Puis papa sort le bébé et monte dans la charrette. Maman Tartempion fait avancer Merlin et Pinpin et la charrette et prend le chemin de la maison de grand-papa et de grand-maman Tartempion. Oups! Dans sa course, papa Tartempion a oublié son portefeuille! Maman Tartempion fait arrêter Merlin et Pinpin et la charrette et court vers la maison pour chercher le portefeuille de papa Tartempion. Elle trouve rapidement le portefeuille de papa Tartempion et retourne dans la charrette en courant.

Malheur! Maman fait avancer Merlin et Pinpin et la charrette tellement vite que les jumeaux tombent de la charrette, et Simon et Blanche crient et papa Tartempion crie et le bébé pleure et maman Tartempion fait arrêter Merlin et Pinpin et la charrette et envoie Marguerite et Ti-Jean près de la maison, là où les jumeaux sont atterris.

Marguerite et Ti-Jean font courir les jumeaux et les font monter dans la charrette. Alors maman Tartempion fait repartir Merlin et Pinpin et la charrette, qui reprennent le chemin de la maison de grand-papa et grand-maman Tartempion.

Lorsque le groupe arrive, Simon et Ti-Jean et Marguerite et Blanche et les jumeaux descendent de la charrette, puis papa Tartempion, avec le bébé sur un bras et le portefeuille dans l’autre, descend, pendant que grand-maman et grand-papa Tartempion sortent de la maison en courant pour venir les accueillir. Grand-papa Tartempion aide maman Tartempion à dételer Merlin et Pinpin de la charrette. papa Tartempion suit avec grand-maman Tartempion le chemin qui mène à la maison en emportant le bébé et le portefeuille, et Simon et Ti-Jean et Marguerite et Blanche Tartempion courent vers la maison avec les jumeaux qui les suivent.

Alors quand grand-papa et maman Tartempion reviennent après avoir dételé Merlin et Pinpin de la charrette, grand-maman Tartempion ayant préparé le repas avec son ami Lupin un peu plus tôt, toute la famille Tartempion passe un agréable moment au repas chez grand-papa et grand-maman Tartempion. Et c’est la fin d’un jour parfait pour tous ces joyeux lurons de la famille Tartempion!


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